Les Allégories des Tarots
Les allégories qui apparaissent sur les Atouts appartiennent au répertoire iconographique propre à la quasi totalité de l’Europe du XIIIe siècle. On les trouve sur les décorations des cathédrales gothiques, sur les fresques des édifices publics et dans les manuscrits encyclopédiques et astrologiques.
Les allégories sont aisément déchiffrables par référence au contexte culturel des cours de l’Italie du Nord au vu de leur goût pour les images moralistes issues tant de la tradition religieuse que de la mythologie classique. Ces images étaient d’une part tenues pour des représentations des héros civilisateurs qui initièrent les hommes à de nombreux arts, telle Minerve - la première tisseuse, ou Apollon - le dieu médecin. D’autre part, elles étaient considérées comme les allégories des vices et des vertus, et c’est cette interprétation que l’on trouve dans certaines cartes des Triomphes.
Des exemples tout à fait évidents incluent : la Force, représentée par Hercule terrassant le lion Némée, symboles des instincts animaux ; l’Amour représenté par Cupidon s’apprêtant à lancer ses flèches sur les Amants imprudents ; la Prudence, représentée par Saturne ; la Modestie de Diane ; l’Immodestie de Vénus ; la Vérité par Apollon qui illumine la Terre de son disque solaire.
De nombreuses figures des Tarots s’inspirent clairement de l’iconographie chrétienne. Ainsi le Monde, représenté tantôt par la Jérusalem céleste à l’intérieur d’une sphère portée par des anges ou surplombée par la Gloire céleste. La carte de la Papesse renvoie à l’image de la Foi, identique à celle représentée par Giotto dans la Chapelle des Scrovegni à Padoue.
Parmi de nombreuses autres représentations possibles des Vertus telles que la Tempérance, la Justice et la Force se trouve l’iconographie classique présente dans les églises gothiques et dans les miniatures des livres saints.
Les traités d’astrologie de l’époque constituèrent une autre source d’inspiration. La figure du Bagat ou Bateleur apparaît parmi les « Fils de la Lune » à savoir parmi les métiers placés sous l’influence de l’astre.
Le Misero ou Fol figure parmi les « Fils de Saturne » ; l’image des Amoureux parmi les « Fils de Vénus » ; le Pape parmi les « Fils de Jupiter » et l’Empereur parmi les « Fils du Soleil ». En outre, des figures d’astrologues apparaissent dans différents jeux des Triomphes en tant que représentations de la Lune et des Étoiles.
Enfin, sont présentes des images de la vie quotidienne. Un exemple extrêmement intéressant est la figure du Pendu qui fait référence à la peine infligée aux traîtres. Dans la Chapelle Bolognini à San Petronio (Bologne) une figure identique est représentée sur une fresque de Giovanni da Modena car l’idolâtrie était perçue comme la plus affreuse des trahisons : le reniement du Créateur. Bien que la peine de la pendaison par un pied soit représentée dans d’autres œuvres, la fresque de San Petronio est l’unique exemple connu qui coïncide parfaitement avec la Carte du Tarot.
